Hier soir, dimanche 15 août, j'ai assisté à un concert du Goeyvaerts Consort (dir. Marc-Michaël De Smet) dans l'église de Bever (Biévène), dans le Pajottenland, à quelque 20 km à l'Est de Bruxelles. L'ensemble n'a donné qu'une seule pièce. Mais laquelle ! C'était le splendide Kanon Pokajanen (Canon de Repentance) de Arvo Pärt.
Quelle découverte pour moi, qui ne connaissais pas cette partition ! Deux heures d'une musique d'un souffle incroyable, une série d'odes composées de séquences construites dans la tradition liturgique orthodoxe russe, dont trois séquences reviennent régulièrement, comme pour ponctuer la prière, pour marquer le temps...
L'ensemble vocal entre en entonnant en boucle l'une de ces trois séquences, lancinante, simplissime et belle, puis se dispose en cercle : les vingt-huit chanteuses et chanteurs tournent le dos au public, se regardant les uns les autres (le chef est dans le centre mais pas au centre) et poursuivent ainsi tout le concert : un cercle de corps tournés vers le centre, marqué par une bougie - celle que le chef portait en arrivant; cercle de vingt-huit corps chantants à l'intérieur d'un plus grand cercle de bougies - celles que les chanteurs portaient en arrivant...
Au début, ce dispositif m'a quelque peu rebuté, moi qui ai l'habitude de chanter face au public...
Peu importe, je fus vite pris dans la polyphonie de ces voix superbes, aux timbres si riches en grave, des voix travaillées, puissantes et rondes, comme polies par la patine de l'art. Mais surtout des chanteurs si engagés dans le geste vocal que l'auditeur qui se voyait spectateur exclu au début du concert se sent peu à peu à l'intérieur du cercle : l'engagement vocal vous transporte littéralement à l'intérieur du souffle musical, dans le cercle des chanteurs. Magique.
J'aurais juste, quelquefois, aimé que l'ensemble vocal aille plus loin dans les p. Pour moi, aussi loin que remontent mes souvenirs musicaux, la liturgique orthodoxe russe tient une part de sa force dans les contrastes de dynamique : la déclamation fff est suivie d'un ppp toujours dans le souffle déclamatoire... Hier, à certains moments de la déclamation de repentance, j'attendais des ppp voire des pppp. Rien de cela les p  n'étaient que des  mp... Ah ce dernier "amen" (ou plutôt "amin"), s'il avait été pppp ! Bref, la palette des dynamiques mobilisées m'a semblé trop restreinte.
Mais ceci n'est qu'un détail qui tient plus à mon esthétique personnelle qu'à la qualité musicale de l'ensemble vocal que j'ai entendu hier soir. Ce matin, je suis encore bercé par Arvo Pärt, qui chante comme dans un souffle au loin mais dedans. Et si cet ensemble vocal redonne cet Arvo Pärt, j'y cours !